{"id":11870,"date":"2024-04-25T09:48:43","date_gmt":"2024-04-25T09:48:43","guid":{"rendered":"https:\/\/afrikmatin.com\/?p=11870"},"modified":"2024-04-25T09:48:43","modified_gmt":"2024-04-25T09:48:43","slug":"burkina-faso-larmee-a-masscre-223-villageois-human-rights-watch","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afrikmatin.com\/?p=11870","title":{"rendered":"Burkina Faso : \u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e a mass@cr\u00e9 223 villageois\u00a0\u00bb, (Human Rights Watch)"},"content":{"rendered":"<p><strong>L\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8 a ex\u00e9cut\u00e9 sommairement au moins 223 civils, dont au moins 56 enfants, dans deux villages le 25 f\u00e9vrier 2024, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch aujourd\u2019hui.<\/strong><\/p>\n<p>Ces massacres, qui comptent parmi les pires exactions commises par l\u2019arm\u00e9e au Burkina Faso depuis 2015, semblent s\u2019inscrire dans le cadre d\u2019une campagne g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e men\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e contre des civils accus\u00e9s de collaborer avec des groupes islamistes arm\u00e9s, et pourraient constituer des crimes contre l\u2019humanit\u00e9. Des soldats ont tu\u00e9 44 personnes, dont 20 enfants, dans le village de Nondin, ainsi que 179 autres personnes, dont 36 enfants, dans le village voisin de Soro ; ces deux villages sont situ\u00e9s dans le district de Thiou, dans la province du Yatenga, dans le nord du pays.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s burkinab\u00e8 devraient d\u2019urgence ouvrir une enqu\u00eate approfondie sur les massacres, avec le soutien de l&rsquo;Union africaine et des Nations Unies afin d&rsquo;en garantir l&rsquo;ind\u00e9pendance et l&rsquo;impartialit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Les massacres perp\u00e9tr\u00e9s dans les villages de Nondin et Soro ne sont que les derniers exemples d\u2019exactions men\u00e9es contre les civils par l\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8 dans le cadre de ses op\u00e9rations de contre-insurrection \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Tirana Hassan, directrice ex\u00e9cutive de Human Rights Watch. \u00ab L\u2019\u00e9chec continu des autorit\u00e9s burkinab\u00e8 \u00e0 pr\u00e9venir de telles atrocit\u00e9s et \u00e0 mener des enqu\u00eates d\u00e9montre la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un appui international afin de garantir une enqu\u00eate ind\u00e9pendante cr\u00e9dible sur de potentiels crimes contre l\u2019humanit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Du 28 f\u00e9vrier au 31 mars, Human Rights Watch a men\u00e9 des entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques avec 23 personnes, dont 14 t\u00e9moins des tueries, trois activistes de la soci\u00e9t\u00e9 civile locale et trois membres d\u2019organisations internationales. Human Rights Watch a v\u00e9rifi\u00e9 des vid\u00e9os et des photographies partag\u00e9es apr\u00e8s les tueries par des survivants, dont certains qui \u00e9taient bless\u00e9s.<\/p>\n<p>Les 24 et 25 f\u00e9vrier, des groupes islamistes arm\u00e9s ont men\u00e9 plusieurs attaques \u00e0 travers le pays contre des cibles militaires, notamment des casernes et des bases, et contre des infrastructures civiles telles que des sites religieux, tuant de nombreux civils, soldats et membres de milices. Le 26 f\u00e9vrier, le ministre burkinab\u00e9 de la D\u00e9fense, Mahamoudou Sana, a d\u00e9nonc\u00e9 dans une d\u00e9claration aux m\u00e9dias ce qu\u2019il a d\u00e9crit comme des attaques \u00ab simultan\u00e9es et coordonn\u00e9es \u00bb men\u00e9es par des combattants islamistes, mais n\u2019a pas mentionn\u00e9 les massacres de civils \u00e0 Nondin et \u00e0 Soro.<\/p>\n<p>Le 1er mars, Aly Benjamin Coulibaly, procureur du tribunal de grande instance de Ouahigouya, a d\u00e9clar\u00e9 dans un communiqu\u00e9 avoir re\u00e7u des informations faisant \u00e9tat \u00ab des attaques meurtri\u00e8res massives \u00bb contre les villages de Komsilga, Nodin et Soro dans la province du Yatenga le 25 f\u00e9vrier, avec un bilan provisoire d&rsquo;environ \u00ab 170 personnes ex\u00e9cut\u00e9es \u00bb et d&rsquo;autres bless\u00e9es, et avoir ordonn\u00e9 l&rsquo;ouverture d&rsquo;une enqu\u00eate. Le 4 mars, Aly Benjamin Coulibaly a d\u00e9clar\u00e9 s\u2019\u00eatre rendu sur les lieux des incidents le 29 f\u00e9vrier avec la police judiciaire, mais a indiqu\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 en mesure de localiser les dizaines de corps dont on lui avait dit qu\u2019ils se trouvaient sur place.<\/p>\n<p>Des villageois ont indiqu\u00e9 que le 25 f\u00e9vrier, des membres des forces arm\u00e9es se sont arr\u00eat\u00e9es \u00e0 Nondin, avant de se rendre \u00e0 Soro, cinq kilom\u00e8tres plus loin. Ils pensent que les tueries ont \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9es en repr\u00e9sailles \u00e0 une attaque men\u00e9e par des combattants islamistes contre un camp de soldats et miliciens burkinab\u00e8 situ\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la capitale provinciale, Ouahigouya, \u00e0 environ 25 kilom\u00e8tres de Nondin, un peu plus t\u00f4t dans la journ\u00e9e. \u00ab Avant que les soldats ne commencent \u00e0 nous tirer dessus, ils nous ont accus\u00e9s d\u2019\u00eatre complices des djihadistes [combattants islamistes] \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 une survivante de Soro, \u00e2g\u00e9e de 32 ans, qui a re\u00e7u une balle dans la jambe. \u00ab Ils ont dit que nous ne coop\u00e9rions pas avec eux [l\u2019arm\u00e9e] parce que nous ne les avions pas inform\u00e9s des mouvements des djihadistes. \u00bb<\/p>\n<p>Le 25 f\u00e9vrier, la Radiodiffusion T\u00e9l\u00e9vision du Burkina (RTB), la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision nationale, a signal\u00e9 une \u00ab attaque d\u2019envergure \u00bb men\u00e9e par des combattants islamistes vers 7 heures du matin \u00ab contre la position du bataillon mixte \u00bb \u00e0 Ouahigouya. Elle a indiqu\u00e9 que les soldats du Bataillon d\u2019Intervention Rapide (BIR), une unit\u00e9 des forces sp\u00e9ciales impliqu\u00e9e dans des op\u00e9rations de contre-insurrection, \u00ab ont poursuivi les combattants qui fuyaient vers Thiou \u00bb et \u00ab neutralis[\u00e9] le maximum de ceux qui ne pouvaient aller vite \u00bb. Le rapport, qui ne fait aucune r\u00e9f\u00e9rence aux victimes civiles, indique que les soldats ont demand\u00e9 que les drones a\u00e9riens ne suivent pas les combattants qu\u2019ils pourchassaient, et de \u00ab leur laisser ce groupe, \u00bb ce qui pourrait indiquer qu\u2019ils ne voulaient pas que les drones enregistrent ce qui s\u2019est pass\u00e9 par la suite.<\/p>\n<p>Des t\u00e9moins ont d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019entre 8h30 et 9h, environ 30 minutes apr\u00e8s qu\u2019un groupe de combattants islamistes arm\u00e9s soit pass\u00e9 pr\u00e8s du village en criant \u00ab Allah Akbar ! \u00bb (Dieu est grand), un convoi militaire compos\u00e9 de plus de 100 soldats burkinab\u00e8 est arriv\u00e9 \u00e0 moto, en camionnette et dans au moins deux voitures blind\u00e9es dans le quartier Basser\u00e9 de Nondin, situ\u00e9 pr\u00e8s de la route nationale 2 asphalt\u00e9e. Ils ont d\u00e9clar\u00e9 que les soldats ont fait du porte-\u00e0-porte, ordonnant aux gens de sortir de chez eux et de montrer leurs cartes d\u2019identit\u00e9. Ils ont ensuite rassembl\u00e9 les villageois par groupes avant d\u2019ouvrir le feu sur eux. Les soldats ont \u00e9galement tir\u00e9 sur les personnes qui tentaient de fuir ou de se cacher.<\/p>\n<p>Des villageois ont d\u00e9crit un sc\u00e9nario similaire \u00e0 Soro, o\u00f9 les soldats sont arriv\u00e9s environ une heure plus tard et ont tir\u00e9 sur les personnes qui avaient \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9es ou qui tentaient de se cacher ou de s\u2019\u00e9chapper. \u00ab Ils ont s\u00e9par\u00e9 les hommes et les femmes en groupes \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 un agriculteur de 48 ans. \u00ab J\u2019\u00e9tais dans le jardin avec d\u2019autres personnes lorsqu\u2019ils [les soldats] nous ont appel\u00e9s. Alors que nous commencions \u00e0 avancer, ils ont ouvert le feu sur nous sans distinction. Je me suis r\u00e9fugi\u00e9 derri\u00e8re un arbre, ce qui m\u2019a sauv\u00e9 la vie. \u00bb<\/p>\n<p>Human Rights Watch a obtenu deux listes de noms de victimes \u00e9tablies par des survivants et d\u2019autres personnes qui ont aid\u00e9 \u00e0 enterrer les corps. Des t\u00e9moins ont d\u00e9clar\u00e9 que les survivants et des habitants des villages voisins avaient enterr\u00e9 les corps dans trois fosses communes \u00e0 Nondin, et dans huit fosses communes \u00e0 Soro. Ils ont expliqu\u00e9 que dans les deux villages, certains corps retrouv\u00e9s quelques jours plus tard dans la brousse avaient \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s individuellement.<\/p>\n<p>Le 26 f\u00e9vrier, un groupe de membres de familles de victimes de Nondin et de Soro s\u2019est rendu \u00e0 la brigade de gendarmerie de Ouahigouya pour faire une d\u00e9claration, ce qui a conduit le procureur du tribunal de grande instance \u00e0 annoncer l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate.<\/p>\n<p>Le 21 mars, \u00e0 l\u2019issue d\u2019une br\u00e8ve visite au Burkina Faso, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l\u2019homme, Volker T\u00fcrk, a d\u00e9clar\u00e9 dans un communiqu\u00e9 avoir re\u00e7u \u00ab des assurances \u00bb du pr\u00e9sident burkinab\u00e9 que \u00ab des mesures sont prises pour veiller \u00e0 ce que [le] comportement [des forces de s\u00e9curit\u00e9] soit pleinement conforme au droit international humanitaire et au droit international des droits de l\u2019homme \u00bb, sur fond d\u2019informations \u00ab faisant \u00e9tat de violations graves commises par les forces de s\u00e9curit\u00e9 &#8230; qui doivent faire l\u2019objet d\u2019enqu\u00eates approfondies et de mesures correctives. \u00bb<\/p>\n<p>Human Rights Watch a d\u00e9j\u00e0 document\u00e9 de graves abus commis par l\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8 lors d\u2019op\u00e9rations antiterroristes, notamment des ex\u00e9cutions sommaires et des disparitions forc\u00e9es, ainsi que des frappes de drones indiscrimin\u00e9es.<\/p>\n<p>Toutes les parties au conflit arm\u00e9 au Burkina Faso sont li\u00e9es par le droit international humanitaire, qui comprend l\u2019article 3 commun aux Conventions de Gen\u00e8ve de 1949 et le droit international coutumier. L\u2019article 3 commun interdit le meurtre, la torture et les mauvais traitements des civils et des combattants captur\u00e9s. Les personnes qui commettent des violations graves des lois de la guerre avec une intention criminelle sont responsables de crimes de guerre. Les commandants qui savaient ou auraient d\u00fb savoir que leurs forces commettaient de graves abus et qui n\u2019ont pas pris les mesures n\u00e9cessaires peuvent \u00eatre poursuivis au titre de la responsabilit\u00e9 du commandement.<\/p>\n<p>Le Burkina Faso est un \u00c9tat partie \u00e0 la Charte africaine des droits de l\u2019homme et des peuples, ainsi qu\u2019au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui garantit le droit \u00e0 la vie et interdit les ex\u00e9cutions extrajudiciaires. En 2004, le Burkina Faso a ratifi\u00e9 le Statut de Rome, trait\u00e9 fondateur de la Cour p\u00e9nale internationale.<\/p>\n<p>Les crimes contre l\u2019humanit\u00e9 sont une s\u00e9rie d\u2019infractions, y compris le meurtre, qui sont sciemment commises dans le cadre d\u2019une attaque g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ou syst\u00e9matique lanc\u00e9e contre une population civile. Le terme \u00ab g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019ampleur des actes ou au nombre de victimes. Une attaque \u00ab syst\u00e9matique \u00bb indique un sch\u00e9ma ou un plan m\u00e9thodique.<\/p>\n<p>Le gouvernement du Burkina Faso a l\u2019obligation d\u2019exercer sa comp\u00e9tence p\u00e9nale \u00e0 l\u2019\u00e9gard des auteurs de crimes internationaux graves. Les crimes de guerre et les crimes contre l\u2019humanit\u00e9 sont des crimes qui rel\u00e8vent de la comp\u00e9tence universelle, ce qui permet \u00e0 d\u2019autres pays d\u2019engager des poursuites, ind\u00e9pendamment du lieu o\u00f9 les crimes ont \u00e9t\u00e9 commis ou de la nationalit\u00e9 des victimes et des auteurs de ces crimes.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8 a r\u00e9guli\u00e8rement commis des atrocit\u00e9s de masse contre des civils au nom de la lutte contre le terrorisme, et presque personne n\u2019a \u00e9t\u00e9 tenu pour responsable \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Tirana Hassan. \u00ab Les victimes et survivants des abus de l\u2019arm\u00e9e ainsi que leurs familles ont le droit de voir les individus responsables de graves abus \u00eatre poursuivis en justice. Le soutien d\u2019enqu\u00eateurs de l\u2019UA ou de l\u2019ONU est le meilleur moyen d\u2019assurer des enqu\u00eates cr\u00e9dibles et des proc\u00e8s \u00e9quitables. \u00bb<\/p>\n<p>Pour les t\u00e9moignages et autres d\u00e9tails sur cette attaque, voir ci-dessous. Les noms des personnes interrog\u00e9es n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 divulgu\u00e9s pour leur protection.<\/p>\n<p><strong>Conflit arm\u00e9 au Burkina Faso<\/strong><\/p>\n<p>Les forces du Burkina Faso luttent contre une insurrection men\u00e9e par le Groupe pour le soutien de l\u2019islam et des musulmans (GSIM), li\u00e9 \u00e0 Al-Qa\u00efda, et l\u2019\u00c9tat islamique dans le Grand Sahara (EIGS) depuis que les groupes arm\u00e9s sont entr\u00e9s dans le pays depuis le Mali en 2016. Ces deux groupes arm\u00e9s contr\u00f4lent de vastes \u00e9tendues de territoire et attaquent \u00e0 la fois les civils et les forces de s\u00e9curit\u00e9 gouvernementales.<\/p>\n<p>Le Armed Conflict Location &amp; Event Data Project (ACLED), un projet de collecte et d\u2019analyse de donn\u00e9es ventil\u00e9es et de cartographie des crises, a enregistr\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements violents li\u00e9s \u00e0 ce conflit qui ont entra\u00een\u00e9 la mort de plus de 8 000 personnes en 2023 et de plus de 430 autres pour le seul mois de janvier 2024.<\/p>\n<p>Le 26 novembre 2023, des combattants du GSIM ont attaqu\u00e9 des casernes militaires dans la ville assi\u00e9g\u00e9e de Djibo au nord, dans la r\u00e9gion du Sahel, et ont fait irruption dans des maisons et un camp de personnes d\u00e9plac\u00e9es, tuant au moins 40 civils. Le 25 f\u00e9vrier, l\u2019EIGS a revendiqu\u00e9 l\u2019attaque d\u2019une \u00e9glise dans la ville d\u2019Essakane, dans la r\u00e9gion du Sahel, qui a tu\u00e9 15 civils.<\/p>\n<p>Des groupes islamistes arm\u00e9s ont \u00e9galement assi\u00e9g\u00e9 des villes et des villages du Burkina Faso et bloqu\u00e9 l\u2019acheminement de nourriture, de produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 et d\u2019aide humanitaire \u00e0 la population civile, provoquant la famine et des maladies parmi les habitants et les personnes d\u00e9plac\u00e9es. Ces actes constituent des violations du droit international humanitaire assimilables \u00e0 des crimes de guerre.<\/p>\n<p>Depuis 2022, le Burkina Faso a connu deux coups d\u2019\u00c9tat militaires. Les autorit\u00e9s militaires se sont fortement appuy\u00e9es sur des milices pour contrer les attaques des groupes islamistes arm\u00e9s. En octobre 2022, le gouvernement a lanc\u00e9 une campagne visant \u00e0 renforcer ces milices en recrutant 50 000 auxiliaires civils, appel\u00e9s Volontaires pour la d\u00e9fense de la patrie (VDP).<\/p>\n<p>Depuis que les combats ont pris de l\u2019ampleur, l\u2019arm\u00e9e a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 des massacres de civils pour lesquels personne n\u2019a eu \u00e0 rendre des comptes. Le 20 avril 2023, des soldats ont tu\u00e9 83 hommes, 28 femmes et 45 enfants, br\u00fbl\u00e9 des maisons et pill\u00e9 des biens dans le village de Karma et ses environs, dans la province du Yatenga. Les autorit\u00e9s ont annonc\u00e9 l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate, mais n\u2019y ont pas donn\u00e9 suite.<\/p>\n<p>Le 12 novembre, l\u2019Union europ\u00e9enne a demand\u00e9 une enqu\u00eate sur un massacre perp\u00e9tr\u00e9 dans la r\u00e9gion du Centre Nord, au cours duquel une centaine de personnes auraient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es. Le 5 novembre, le gouvernement a d\u00e9clar\u00e9 que des hommes arm\u00e9s non identifi\u00e9s avaient tu\u00e9 au moins 70 personnes, principalement des personnes \u00e2g\u00e9es et des enfants, dans le village de Zaongo, et que l\u2019incident faisait l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate. Human Rights Watch n\u2019a pas eu connaissance de quelconque progr\u00e8s dans cette enqu\u00eate. Human Rights Watch s\u2019est entretenu avec des t\u00e9moins qui ont d\u00e9clar\u00e9 que l\u2019arm\u00e9e \u00e9tait responsable du massacre de Zaongo, ce que les m\u00e9dias internationaux ont corrobor\u00e9.<\/p>\n<p>Le 19 d\u00e9cembre 2023, les m\u00e9dias ont fait \u00e9tat de centaines de civils tu\u00e9s dans plusieurs villages autour de la ville de Djibo, dans la r\u00e9gion du Sahel. Les autorit\u00e9s ont rejet\u00e9 la responsabilit\u00e9 de ces attaques sur des groupes islamistes arm\u00e9s, mais des sources locales, dont certaines ont communiqu\u00e9 avec Human Rights Watch, ont point\u00e9 du doigt la responsabilit\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Le conflit a forc\u00e9 deux millions de personnes \u00e0 quitter leur foyer et entra\u00een\u00e9 la fermeture de plus de 6 100 \u00e9coles depuis 2021.<\/p>\n<p>En septembre 2023, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont sign\u00e9 un pacte de d\u00e9fense mutuelle, l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel, et en janvier, les trois pays ont d\u00e9cid\u00e9 de se retirer du bloc r\u00e9gional de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (CEDEAO). Le 6 mars, les chefs des arm\u00e9es des trois pays ont annonc\u00e9 la cr\u00e9ation d\u2019une force conjointe pour lutter contre les groupes islamistes arm\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Attaque de repr\u00e9sailles<\/strong><\/p>\n<p>Nondin et Soro font partis des nombreux villages du district de Thiou que le GSIM a assi\u00e9g\u00e9s. Le 25 f\u00e9vrier, des combattants du GSIM ont attaqu\u00e9 la base d\u2019une milice gouvernementale situ\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019un camp militaire \u00e0 Ouahigouya, tuant et blessant plusieurs miliciens.<\/p>\n<p>Des t\u00e9moins et des habitants pensent que ces meurtres ont \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9s en repr\u00e9sailles d\u2019une pr\u00e9tendue collaboration avec les groupes islamistes arm\u00e9s.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a examin\u00e9 et g\u00e9olocalis\u00e9 une vid\u00e9o transmise par un survivant et enregistr\u00e9e le 9 mars \u00e0 Soro montrant huit fosses communes. Pour chacune d\u2019entre elles, le survivant a donn\u00e9 le nombre ou une approximation du nombre de corps qu\u2019elle contenait, pour un total d\u2019environ 170 corps.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a g\u00e9olocalis\u00e9 ces huit fosses communes en s\u2019appuyant sur l\u2019imagerie satellite du 15 mars. Six fosses communes sont clairement visibles sur l\u2019image satellite, tandis que les deux autres sont cach\u00e9es par l\u2019ombre des b\u00e2timents.<\/p>\n<p><strong>Traumatisme<\/strong><\/p>\n<p>Les survivants ont d\u00e9crit des sympt\u00f4mes correspondant au syndrome de stress post-traumatique et \u00e0 la d\u00e9pression, notamment la peur, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 parler et \u00e0 se concentrer, la solitude et l\u2019insomnie.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai du mal \u00e0 exprimer ce que je ressens et \u00e0 me souvenir de ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 le survivant de 22 ans originaire de Soro. \u00ab Mon esprit est embrum\u00e9, mon regard est vide. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ceux qui ont surv\u00e9cu, comme moi, ont \u00e9t\u00e9 sortis d\u2019un tas de cadavres \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 le jeune homme de 25 ans originaire de Soro. \u00ab J\u2019ai perdu 16 membres de ma famille ; ils ont tous \u00e9t\u00e9 extermin\u00e9s. Il ne reste plus que moi. Je suis seul. Je suis perdu et \u00e9branl\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas ce que je ressens \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 un survivant de 50 ans originaire de Nondin. \u00ab J\u2019ai du mal \u00e0 dormir. Je fais des cauchemars. Je revois les cadavres, les b\u00e9b\u00e9s, les femmes, allong\u00e9s. J\u2019entends les coups de feu. \u00bb<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s devraient rapidement accorder des r\u00e9parations ad\u00e9quates, notamment une indemnisation, ainsi qu\u2019un soutien aux moyens de subsistance et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des soins m\u00e9dicaux et psychologiques de long terme pour les survivants des deux attaques, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch. Les donateurs internationaux dont l\u2019Union europ\u00e9enne devraient augmenter leur soutien pour fournir de l\u2019aide m\u00e9dicale et psychosociale aux victimes de violations graves des droits humains et du droit international humanitaire.<\/p>\n<p><strong>Justice et obligation de rendre des comptes<\/strong><\/p>\n<p>Les survivants des attaques de Nondin et de Soro ont d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019ils voulaient savoir qui avait ordonn\u00e9 les meurtres et exig\u00e9 que les responsables rendent des comptes. Mais la g\u00e9n\u00e9ralisation des abus militaires et l\u2019impunit\u00e9 qui en d\u00e9coule ne leur laissent que peu d\u2019espoir de justice.<\/p>\n<p>\u00ab Nous voulons que justice soit faite \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 un commer\u00e7ant de 25 ans originaire de Soro. \u00ab Nous voulons que les coupables soient punis. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nous voulons que la v\u00e9rit\u00e9 soit \u00e9tablie \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 un homme de 50 ans originaire de Nondin. \u00ab Nous voulons savoir pourquoi on nous a fait \u00e7a et nous exigeons que les auteurs soient traduits en justice. \u00bb<\/p>\n<p>Un activiste des droits humains qui a accompagn\u00e9 le 26 f\u00e9vrier des membres de familles de personnes tu\u00e9es \u00e0 Nondin et \u00e0 Soro \u00e0 la gendarmerie de Ouahigouya pour faire une d\u00e9claration, a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Je savais qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une \u00e9tape n\u00e9cessaire et cruciale \u00e0 franchir dans le cadre de notre campagne en faveur d\u2019une obligation de rendre des comptes, mais c\u2019\u00e9tait \u00e9galement tr\u00e8s douloureux car, d\u2019une certaine mani\u00e8re, je sais qu\u2019il n\u2019y aura pas de suivi. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Un homme de 43 ans, originaire de Soro, a d\u00e9clar\u00e9 :<\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes all\u00e9s \u00e0 la gendarmerie de Ouahigouya et nous avons donn\u00e9 notre version des faits. Nous voulons que justice soit faite mais nous sommes d\u00e9\u00e7us. Nous ne savons plus \u00e0 qui parler, quand m\u00eame nos propres soldats nous massacrent et qu\u2019aucune justice n\u2019a \u00e9t\u00e9 rendue pour d\u2019autres massacres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8 a ex\u00e9cut\u00e9 sommairement au moins 223 civils, dont au moins 56 enfants, dans deux villages le 25 f\u00e9vrier 2024, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch aujourd\u2019hui. Ces massacres, qui comptent parmi les pires exactions commises par l\u2019arm\u00e9e au Burkina Faso depuis 2015, semblent s\u2019inscrire dans le cadre d\u2019une campagne g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e men\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e contre &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":10804,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,7,8,11],"tags":[346,621,2212,2749,4583],"class_list":["post-11870","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-international","category-justice","category-politique","tag-armee","tag-burkina-faso","tag-human-rights-watch","tag-massacre","tag-villageois"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11870","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11870"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11870\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11870"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11870"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11870"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}