{"id":18675,"date":"2025-04-25T18:57:05","date_gmt":"2025-04-25T18:57:05","guid":{"rendered":"https:\/\/senego.com\/?p=1830464"},"modified":"2025-04-25T18:57:05","modified_gmt":"2025-04-25T18:57:05","slug":"le-complot-de-ouagadougou-ecran-de-fumee-ou-menace-reelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afrikmatin.com\/?p=18675","title":{"rendered":"Le complot de Ouagadougou : \u00e9cran de fum\u00e9e ou menace r\u00e9elle ?"},"content":{"rendered":"<div><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/afrikmatin.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/le-complot-de-ouagadougou-ecran-de-fumee-ou-menace-reelle.png\" class=\"ff-og-image-inserted\"><\/div>\n<p>Alors que le Burkina Faso, sous la f\u00e9rule du capitaine Ibrahim Traor\u00e9, affirme avoir d\u00e9jou\u00e9 un \u00ab grand complot \u00bb orchestr\u00e9 depuis Abidjan, l\u2019accusation laisse songeur. Derri\u00e8re les mots forts et la rh\u00e9torique martiale, une interrogation s\u2019impose : assiste-t-on \u00e0 une man\u0153uvre s\u00e9curitaire justifiant la r\u00e9pression interne, ou \u00e0 une fuite en avant diplomatique maquillant les \u00e9checs de la gouvernance actuelle ?<\/p>\n<p>Le gouvernement burkinab\u00e8 d\u00e9nonce un vaste r\u00e9seau \u00ab de d\u00e9stabilisation \u00bb, pr\u00e9tendument activ\u00e9 depuis la C\u00f4te d\u2019Ivoire, impliquant des tentatives d\u2019assaut sur la pr\u00e9sidence, des connexions avec des attaques jihadistes, et une pr\u00e9tendue complicit\u00e9 de soldats enr\u00f4l\u00e9s \u00e0 dessein. Une accusation grave, dans une r\u00e9gion o\u00f9 les mots peuvent \u00eatre aussi explosifs que les balles.<\/p>\n<p>Or, face \u00e0 ce discours martial, la C\u00f4te d\u2019Ivoire oppose une posture mesur\u00e9e, presque diplomatique. Le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a s\u00e8chement r\u00e9cus\u00e9 les accusations, rappelant que son pays n\u2019a jamais \u0153uvr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9stabilisation d\u2019un voisin. Et pour cause : la C\u00f4te d\u2019Ivoire accueille plus de 60 000 r\u00e9fugi\u00e9s burkinab\u00e8, fuyant non seulement l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 terroriste, mais aussi une d\u00e9rive autoritaire d\u00e9sormais palpable \u00e0 Ouagadougou. Il est difficilement concevable que l\u2019on abrite les victimes d\u2019un r\u00e9gime tout en ourdissant un complot pour le renverser.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9ternel complot ext\u00e9rieur : une strat\u00e9gie \u00e9prouv\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Le recours \u00e0 l\u2019ennemi ext\u00e9rieur n\u2019est pas nouveau. Hier, c\u2019\u00e9tait la France, accus\u00e9e de tous les maux , du soutien aux groupes arm\u00e9s \u00e0 la manipulation politique. Aujourd\u2019hui, les regards se tournent vers d\u2019autres voisins, dans un mim\u00e9tisme id\u00e9ologique qui gangr\u00e8ne les r\u00e9gimes de transition de l\u2019 Alliance des \u00c9tats du Sahel ( AES ). Il y a l\u00e0 un glissement dangereux : celui d\u2019un pouvoir qui, incapable de s\u00e9curiser ses fronti\u00e8res ou de redresser son \u00e9conomie, cherche \u00e0 se l\u00e9gitimer par l\u2019affrontement permanent.<\/p>\n<p>Dans cette dynamique, la C\u00f4te d\u2019Ivoire paie peut-\u00eatre le prix de sa relative stabilit\u00e9, de son ouverture \u00e9conomique, et de son refus de verser dans l\u2019autoritarisme militaire. En se posant comme refuge pour les exil\u00e9s burkinab\u00e8, Abidjan devient \u00e0 la fois un miroir et un contre-mod\u00e8le pour les r\u00e9gimes de Ouagadougou, Bamako ou Niamey. Une position qui d\u00e9range, surtout lorsque les \u00e9checs militaires et sociaux deviennent ind\u00e9fendables.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9pression sous pr\u00e9texte de s\u00e9curit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Dans la foul\u00e9e de l\u2019annonce du complot, les autorit\u00e9s burkinab\u00e8 ont gel\u00e9 les avoirs de plus d\u2019une centaine de militaires et d\u2019opposants, dont l\u2019ancien pr\u00e9sident Damiba. Le tout sur fond d\u2019arrestations, d\u2019ex\u00e9cutions sommaires pr\u00e9sum\u00e9es et de contr\u00f4le accru de l\u2019opinion. Le discours s\u00e9curitaire, instrumentalis\u00e9, devient alors le paravent d\u2019une r\u00e9pression silencieuse.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, ce que vivent aujourd\u2019hui les \u00c9tats de l\u2019AES n\u2019est pas une guerre id\u00e9ologique ou une simple croisade contre le terrorisme. C\u2019est une recomposition du pouvoir par la peur. Dans cette perspective, accuser ses voisins devient un r\u00e9flexe de survie politique.<\/p>\n<p><strong>Vers une crise r\u00e9gionale ?<\/strong><\/p>\n<p>La multiplication de ces accusations pourrait compromettre la coop\u00e9ration r\u00e9gionale, d\u00e9j\u00e0 min\u00e9e par les tensions diplomatiques et les replis souverainistes. Une telle fracture affaiblit non seulement la lutte contre le terrorisme, mais compromet aussi les dynamiques de d\u00e9veloppement et de mobilit\u00e9, essentielles pour l\u2019avenir du Sahel.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019Afrique de l\u2019Ouest aurait besoin d\u2019unit\u00e9, d\u2019intelligence collective et de leadership visionnaire, certains pr\u00e9f\u00e8rent ressusciter les vieux d\u00e9mons du complotisme pour masquer leurs propres d\u00e9faillances.<\/p>\n<p>Le danger n\u2019est pas \u00e0 Abidjan. Il est dans la tentation d\u2019\u00e9riger la parano\u00efa en gouvernance.<\/p>\n<p><strong>Mamadou Ciss\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><strong>Journaliste-Sp\u00e9cialiste des id\u00e9es populistes<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que le Burkina Faso, sous la f\u00e9rule du capitaine Ibrahim Traor\u00e9, affirme avoir d\u00e9jou\u00e9 un \u00ab grand complot \u00bb orchestr\u00e9 depuis Abidjan, l\u2019accusation laisse songeur. Derri\u00e8re les mots forts et la rh\u00e9torique martiale, une interrogation s\u2019impose : assiste-t-on \u00e0 une man\u0153uvre s\u00e9curitaire justifiant la r\u00e9pression interne, ou \u00e0 une fuite en avant diplomatique maquillant &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":18676,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,7,11],"tags":[],"class_list":["post-18675","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-international","category-politique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18675","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=18675"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18675\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/18676"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=18675"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=18675"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmatin.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=18675"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}