{"id":20202,"date":"2025-05-22T17:25:35","date_gmt":"2025-05-22T17:25:35","guid":{"rendered":"http:\/\/fr.africanews.com\/2025\/05\/22\/autophagies-un-banquet-theatral-pour-decoloniser-les-memoires-et-les-papilles\/"},"modified":"2025-05-22T17:25:35","modified_gmt":"2025-05-22T17:25:35","slug":"autophagies-un-banquet-theatral-pour-decoloniser-les-memoires-et-les-papilles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afrikmatin.com\/?p=20202","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Autophagies\u00a0\u00bb : un banquet th\u00e9\u00e2tral pour d\u00e9coloniser les m\u00e9moires et les papilles"},"content":{"rendered":"<div><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/afrikmatin.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/autophagies-un-banquet-theatral-pour-decoloniser-les-memoires-et-les-papilles.jpg\" class=\"ff-og-image-inserted\"><\/div>\n<p>Au Festival Confit de Cavaillon, un parfum in\u00e9dit flotte dans l\u2019air : celui d\u2019un maf\u00e9 mijotant doucement sur sc\u00e8ne. Mais ce n\u2019est pas qu\u2019un plat qui se pr\u00e9pare. C\u2019est une m\u00e9moire, une histoire, une prise de conscience. <em>Autophagies<\/em>, la cr\u00e9ation d\u2019Eva Doumbia, est un festin th\u00e9\u00e2tral o\u00f9 se m\u00ealent r\u00e9cits migratoires, h\u00e9ritages coloniaux, danses, chants\u2026 et cuisine africaine. Un spectacle sensoriel qui fait voyager l\u2019esprit autant que les papilles.<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en salle, le public comprend que ce spectacle ne ressemble \u00e0 aucun autre. Le plateau se transforme en cuisine vivante : un chef-com\u00e9dien d\u00e9coupe, \u00e9pice, remue. Face \u00e0 lui, un musicien. Autour de ces deux piliers, sur une piste carr\u00e9e, gravitent un danseur-commis de cuisine, deux com\u00e9diennes et une ma\u00eetresse de c\u00e9r\u00e9monie\u2026 Tous pr\u00e9parent quelque chose. Quelque chose de vivant, de collectif, de festif. Entre gestes, mots, musiques et effluves, <em>Autophagies<\/em> convoque tous les sens.<\/p>\n<p>Mais derri\u00e8re la chaleur du plat, le feu est politique. Eva Doumbia interroge : d\u2019o\u00f9 viennent les aliments que nous consid\u00e9rons comme \u00ab \u00e0 nous \u00bb ? Quels r\u00e9cits \u2014 souvent violents \u2014 transportent-ils ? \u00ab C\u2019est vraiment un spectacle qui d\u00e9nonce les ravages de la colonisation. La colonisation et l\u2019alimentation sont tr\u00e8s li\u00e9s \u00bb, explique la metteuse en sc\u00e8ne. <em>Autophagies<\/em>, mont\u00e9e d\u2019abord au Th\u00e9\u00e2tre du Point du Jour, a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e en France, en Belgique, aux \u00c9tats-Unis, bient\u00f4t au Br\u00e9sil, mais pas encore sur le continent africain. \u00ab Pour moi c\u2019est important qu\u2019on finisse par jouer \u00e0 Abidjan, parce qu\u2019on est quand m\u00eame tr\u00e8s nombreux \u00e0 \u00eatre originaires de C\u00f4te d\u2019Ivoire dans ce spectacle. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Les corps dansent l\u2019histoire<\/strong><\/p>\n<p>Dans cette cuisine-spectacle, la danse occupe aussi une place centrale. Bamoussa Diomande, danseur, acteur et chor\u00e9graphe, fait vibrer les m\u00e9moires \u00e0 travers une gestuelle riche et contrast\u00e9e. \u00ab C\u2019est la danse contemporaine, la danse africaine, et beaucoup aussi de coup\u00e9-d\u00e9cal\u00e9, qui est une danse de la jeunesse chez nous \u00e0 Abidjan \u00bb, dit-il. Pour lui, danser, c\u2019est convoquer l\u2019\u00e9nergie, c\u2019est faire parler le corps. \u00ab Je ressens beaucoup de frissons quand je danse, et \u00e7a me motive. Je me divertis \u00e0 travers mes propres mouvements. \u00bb<\/p>\n<p>Sa danse, comme les textes et les plats, participe \u00e0 une entreprise de d\u00e9colonisation de l\u2019imaginaire. Elle relie les traditions aux luttes actuelles, les souvenirs aux corps pr\u00e9sents.<\/p>\n<p><strong>Un repas pour la m\u00e9moire<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 travers l\u2019histoire du riz, du sucre, du chocolat ou encore de la banane, Doumbia raconte la mondialisation \u00e0 hauteur de bouche : l\u2019esclavage, l\u2019exploitation, les migrations. <em>Autophagies<\/em> questionne : sommes-nous vraiment d\u2019ici, quand m\u00eame notre alimentation est fa\u00e7onn\u00e9e par la colonisation ? Et d\u2019ailleurs, que veut dire \u00ab ici \u00bb ?<\/p>\n<p>Mais tout n\u2019est pas sombre : le rire, la tendresse, le plaisir sont omnipr\u00e9sents. Le maf\u00e9, pr\u00e9par\u00e9 sous les yeux du public, est enfin servi en fin de repr\u00e9sentation, comme un aboutissement. Il rassemble, r\u00e9concilie, restaure.<\/p>\n<p><strong>Un public conquis et nourri<\/strong><\/p>\n<p>Dans la salle, l\u2019\u00e9motion est palpable. Myriam Douhi, spectatrice, t\u00e9moigne : \u00ab C\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois hyper \u00e9mouvant et tr\u00e8s ludique. J\u2019ai ador\u00e9. Je suis vraiment rentr\u00e9e dedans compl\u00e8tement, \u00e7a m\u2019a fait voyager. J\u2019ai appris \u00e9norm\u00e9ment de choses. Je repars nourrie, mais \u00e0 tous les niveaux : intellectuellement, physiquement aussi, parce qu\u2019on s\u2019est mang\u00e9 un maf\u00e9 l\u00e0 ! \u00bb<\/p>\n<p>Au Festival Confit de Cavaillon, qui c\u00e9l\u00e8bre la richesse des cultures et des m\u00e9moires \u00e0 travers les arts vivants et la gastronomie, <em>Autophagies<\/em> s\u2019impose comme une \u0153uvre incontournable. Une exp\u00e9rience collective, \u00e0 la crois\u00e9e des sens et des consciences.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au Festival Confit de Cavaillon, un parfum in\u00e9dit flotte dans l\u2019air : celui d\u2019un maf\u00e9 mijotant doucement sur sc\u00e8ne. 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