A la UneACTUALITESSOCIETE

Épidémie de fièvre Aphteuse en Libye : Une catastrophe pour l’élevage à Misrata

Une épidémie de fièvre aphteuse a gravement touché le troupeau de Najmeddine Tantoun, éleveur de Misrata, à environ 200 kilomètres à l’ouest de la Libye. Après d’importantes pertes de bétail dues à cette maladie, la ferme, qui était autrefois animée, est désormais plongée dans un silence inquiétant. Les machines à traire ont laissé place à un vide, laissant Najmeddine déplorer la perte de 300 vaches sur un total de 742. Pour ce jeune éleveur de 27 ans, qui a débuté son activité il y a trois ans, l’avenir apparaît sombre.

La fièvre aphteuse est une infection virale hautement contagieuse qui touche principalement les ruminants, en particulier les bovins, ovins et caprins. Bien qu’elle soit souvent bénigne chez les animaux adultes, elle peut s’avérer mortelle pour les jeunes. L’abattage est souvent la seule solution pour contenir la propagation de cette maladie.

L’épidémie a été signalée pour la première fois dans l’est de la Libye en mars 2024 et a progressivement atteint l’ouest. Dans la région de Misrata, les petites exploitations sont les plus touchées, certains éleveurs rapportant des pertes de près de 70 % de leurs troupeaux. Salem al-Badri, directeur de l’Office de la santé animale à Misrata, indique que la situation est alarmante : « La plupart des vaches de Misrata sont désormais infectées et nous n’avons d’autre choix que de les abattre pour endiguer l’épidémie. »

L’impact de cette épidémie se fait également ressentir au niveau local, entraînant une hausse des prix de la viande et des produits laitiers, ainsi que des pénuries. Avant l’épidémie, la région de Misrata produisait environ 70 000 litres de lait par jour, un chiffre qui a chuté à seulement 20 000 litres. À cela s’ajoute une épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une autre maladie virale qui provoque des nodules et peut entraîner la mort des animaux.

La propagation de ces maladies est aggravée par des facteurs tels que l’importation illégale d’animaux sans contrôle vétérinaire et la méconnaissance des symptômes par certains éleveurs. Une alerte de la FAO a noté que la DNC est apparue en Libye en 2023, accentuant les craintes des pays qui importent des peaux libyennes.

Les éleveurs, face à cette crise, reprochent aux autorités un manque de réactivité, notamment en matière de prévention. Les retards dans le déblocage des fonds publics ont ralenti la livraison de vaccins et l’action des services vétérinaires. Salem al-Badri appelle l’État à fournir chaque année des vaccins aux éleveurs.

Malgré des efforts déployés par les autorités libyennes, avec l’appui de la FAO, pour établir des plans de vaccination après les premiers foyers, la situation reste précaire. La Libye, toujours plongée dans le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, souffre de difficultés d’organisation avec deux exécutifs rivaux.

La perte de bétail est catastrophique pour les éleveurs. Najmeddine Tantoun souligne que « perdre un troupeau comme le sien est un désastre économique », et réclame que le gouvernement indemnise les éleveurs touchés. Sa production est passée de 15 000 litres à seulement 3 500 litres par jour. Un autre éleveur, Ali Ghabag, se dit découragé et s’interroge sur l’avenir du secteur : « plus personne ne veut continuer dans ce secteur. Les risques sont devenus trop grands. »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page