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Politiques de protection sociale au Sénégal

Entre équité, soutenabilité et inclusion

 

Directeur exécutif Cicodev Afrique

La journée de réflexion organisée par Legs Africa a été un cadre d’échanges qui a permis aux acteurs concernés de toucher du doigt les équations qui interpellent la protection sociale au Sénégal.

Alain Savary

Le diagnostic révèle que l’émiettement des centres de décision fragilise la cohérence et l’efficacité des interventions. Ce qui se traduit par une multiplication des structures, des chevauchements de compétences et un manque de coordination centralisée, compliquant la mise en œuvre de la stratégie nationale de protection sociale (snps) 2015-2035.

Amadou kanoute directeur exécutif de cicodev Afrique

L’institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement en lançant le panel multi acteurs qui s’est penché sur le thème a dégagé des pistes de réflexion. Selon lui,  l’endogénéité est une des clefs qui peut accompagner les politiques sociales. Le champ communautaire permet aux populations rurales d’adhérer aux mutuelles de santé ainsi que d’autres initiatives très populaires lancées notamment par les femmes en milieu urbain. Il indique qu4il s’agi d  il s’agit selon lui de questionner la multiplicité des acteurs et des initiatives car l‘action sociale est dispersée entre de nombreux ministères, agences et institutions, chacun avec ses propres orientations. Cela crée une multiplicité de commandes, des rapports sectoriels fragmentes et des missions non coordonnées. La conséquence est la faiblesse de la coordination ce qui rend difficile l’unification des politiques, nuisant à l’impact des projets sur le terrain. Par ailleurs, bien que des compétences soient transférées, certaines directions centrales conservent des prérogatives, entravant la gestion locale et la qualité de la mise en œuvre, ce qui détourne les services déconcentrent de leur mission. Dans ce contexte, on relève que la dispersion des décisions entraine des convocations simultanées pour des réunions différentes, un cumul de séminaires, et une difficulté pour les acteurs locaux à gérer des ordres contradictoires émanant de la hiérarchie.

Amadou kanoute a également relève que des tentatives de rationalisation face aux défis, des reformes sont envisagées notamment la réflexion sur la fusion de l’institution de prévoyance retraite du Sénégal (ipres) et de la caisse de sécurité sociale (css) pour créer une institution unique, afin de mieux organiser la protection sociale.

Il a salué  le choix du Sénégal  d’aller vers une politique de protection sociale articulée sur le cycle de la vie, d’avant la naissance jusqu’à la mort.

Le bébé avant qu’il ne naisse, mais aussi l’adolescent, l’enfant de 0,5 ans, jusqu’au vieillard de plus de 60 ans. A ce niveau il indique « Il faut qu’on mette en place des politiques qui permettent de veiller à ce que ces personnes-là puissent être protégées. C’est un caractère de l’inclusion.

Mais c’est aussi de faire en sorte qu’on évite de fonctionner avec seulement ceux qui peuvent et exclure ceux qui ne peuvent pas.

Parce que notre société est fortement structurée en zone rurale, zone urbaine.

Et ceux qui ne peuvent pas se trouvent généralement en zone rurale ou en zone périurbaine.

Et c’est aussi là qu’on trouve ceux qui n’ont pas ou ceux qui n’ont pas les moyens.

Travailler à ce que ces personnes puissent être prises en charge.

C’est aussi faire des politiques qui intéressent le plus grand nombre, qui touchent le plus grand nombre.

Et cela, c’est à travers des politiques comme celles que nous avons mises en place.

La couverture maladie universelle, l’alimentation scolaire.

Travailler à ce qu’il y ait l’équité sociale, l’équité territoriale dans les politiques.

Mais évidemment, tout cela n’est possible que si nous sommes en mesure de dire, pour que ces politiques puissent être pérennes, qu’est-ce que l’Etat peut faire et qu’est-ce que les communautés peuvent faire.

Et surtout s’assurer qu’on ne renvoie pas tout cela à l’extérieur, aux partenaires techniques et financiers.

Il faut que nous puissions penser en termes d’endogénéité. »

Qu’est-ce qui peut être fait ici?

 

Financement

Pour le financement, qui est vraiment un gros défi, il faut que nous puissions nous assurer que l’Etat prenne sa part, que sa part adéquate dans le financement. Quand nous avons fait notre étude sur l’alimentation scolaire, on s’est rendu compte que dans le budget de 1 000 milliards de fonds CFA qui étaient affectes au ministère de l’éducation nationale en 2022-2023, il n’y avait que 0,11% qui étaient affectes a l’alimentation scolaire. L’état n’avait pas pris sa part dans cela. Aujourd’hui, les nouvelles autorités disent, nous, nous allons mettre en place un programme d’alimentation scolaire. Faites-nous le point sur les crédits qui sont affectés à l’alimentation scolaire et nous allons travailler à ressourcer, à abonder ces ressources pour que le programme puisse être bien ressourcé financièrement. Et alors, pendant que l’état augmentera sa part, il faut qu’on puisse aussi demander aux communautés éviter cette politique d’assistanat, mais plutôt propulser une mentalité développementale qui fera qu’on dira, nous, communautés, nous avons notre part à jouer dans cela. Nos partenaires avec lesquels nous travaillons sur l’alimentation scolaire arrivent à mobiliser jusqu’à 500 millions de francs CFA auprès des ménages pour l’alimentation de leurs enfants. Les communautés sont organisées sous des formes qui, malheureusement, ne sont pas concertées dans l’élaboration et dans la mise en œuvre des politiques publiques. Regardez comment les femmes s’organisent autour des programmes, les associations villageoises d’épargne et de crédit. Rien que la Favec, la fédération des associations villageoises d’épargne et de crédit de Saint-Louis, mobilise 600 millions de francs CFA par année. Utilise a quoi ? Généralement a la consommation. Notre travail, c’est de leur dire, sur ces fonds qui sont mobilisés, prenez la part de la sante, prenez la part de la protection sociale et mettez ça a part. Vous êtes dans une tontine, vous gagnez une cagnotte de 200 000 francs CFA, prenez tout juste 3 500 francs pour adhérer au mutuel de sante. Voilà le genre de mécanisme que nous avons appelé les mécanismes endogènes de financement de la santé et de la protection sociale qu’il nous faut identifier, promouvoir et institutionnaliser en les absorbant dans nos politiques publiques.

A suivre

 

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