Oumar Ba, maire de la commune de Ndiop, Président de l’association des maires du Sénégal et Président des cités et gouvernements locaux Unis d’Afrique.
« impulser cette coopération transfrontalière »


Omar Ba président CGLUA
Les questions sur la paix et la sécurité occuperont ne place importante dans le mandat du nouveau président des cités et gouvernements locaux Unis d’Afrique Oumar Ba. Il s’agit pour lui de bien accompagner les élus à la base pour leur permettre de développer leurs programmes, de développer la coopération transfrontalière.
Propos recueillis par Alain Savary
Afrikmatin : Président Oumar Ba, vous avez été élu, il y a une semaine, à Nouakchott à la tête de des cités et gouvernements locaux Unis d’Afrique. Cette élection, qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?
Oumar Ba : Les cités et gouvernements locaux Unis d’Afrique (CGLU Afrique) est la faîtière de l’ensemble des collectivités territoriales du continent. C’est une organisation très représentative, très forte, puisque c’est la seule qui, au niveau continental, regroupe les maires, les présidents de départements, les présidents de régions, et tous les gouvernements locaux de manière globale. CGLU Afrique représente environ 350 millions de citoyens africains à travers ses 40 associations nationales et plus de 2000 villes membres. Son siège est situé à Rabat, au Maroc, où elle bénéficie d’un statut diplomatique en tant qu’organisation internationale panafricaine. En résumé, CGLU Afrique joue un rôle crucial dans la promotion de la décentralisation et le développement durable en Afrique, en unissant les voix des collectivités locales pour un impact positif sur les politiques publiques et la vie des citoyens. Donc être élu à la tête de cette organisation peut être considéré comme une consécration, pas pour moi en tant que personne, mais pour le Sénégal. C’est une reconnaissance de l’engagement du Sénégal sur le plan de la décentralisation, et c’est une reconnaissance du leadership sénégalais sur les questions relatives à la décentralisation. C’est avec beaucoup de plaisir, certes, mais aussi avec beaucoup d’humilité que je reçois cette élection, puisque être élu par ses pères, c’est important, mais il faut comprendre aussi que ce sont nos pairs qui m’ont élu. Ils sont des maires, des présidents de conseils régionaux, de conseils départementaux, et c’est des gens aussi qui sont des responsables. Il y a de grandes villes qui ont de grandes respon-sabilités, donc c’est avec beaucoup d’humilité que je reçois ce choix porté sur ma personne, porté sur le Sénégal, porté sur l’association des maires du Sénégal, et que donc je compterai naturellement sur tous les acteurs qui pourraient m’accompagner, qu’ils soient de l’État, qu’ils soient de la société civile, qu’ils soient du milieu de la presse et de la communication, pour que ce mandat du Sénégal puisse être le meilleur mandat du CGLUA. L’Afrique est secouée, nous avons d’énormes défis à relever.
La paix et la Sécurité devraient être des instruments majeurs dans votre gestion. Comment comptez-vous aborder ses questions ?
Vous avez abordé une question importante, la question de la paix et la question de la sécurité. La paix et la sécurité, c’est la base de tout. On peut concevoir de manière théorique des projets et des programmes, mais sans paix et sans sécurité, on ne peut pas les mettre en œuvre. Nous connaissons beaucoup de projets qui sont bloqués aujourd’hui pour des raisons liées à la paix et à la sécurité. C’est une question fondamentale, c’est une priorité. La touche que nous apportons, nous, collectivités territoriales, est une touche fondamentale, puisque nous travaillons à la base. Nous savons que les troubles, s’il y en a, les manifestations, s’il y en a, c’est à la base, elles naissent à la base, pour monter au sommet. Quand on prend des questions aujourd’hui, comme le jihadisme qui est en train de prospérer dans certaines zones, en son temps, c’était des étrangers, des barbus qui venaient de l’autre côté, qui venaient faire des actes de terrorisme. Aujourd’hui, ce sont nos enfants, nos cousins, nos neveux, nos frères qui sont dans le jihadisme. Ils prennent les armes contre les institutions. Cela montre qu’aujourd’hui, cette question doit être traitée à la base par l’implication des autorités territoriales qui sont à la base fondamentale. L’État gère la sécurité, c’est une activité régalienne. Mais l’État gère des questions de défense. Mais la prévention, pour que les jeunes n’aient pas envie de prendre les armes et d’aller faire la guerre, le travail de sensibilisation et d’éducation qui doit être porté en direction de ces jeunes pour qu’ils prennent conscience, cela, c’est le travail des collectivités territoriales. Et c’est pourquoi nous travaillerons en termes de prévention, pour que les jeunes ne soient pas tentés de prendre les armes, pas seulement en termes de prévention et de sensibilisation par la création d’emplois mais aussi en termes de coopération transfrontalière. C’est-à-dire que l’on sait qu’au niveau des pays, il y a des communes voisines. La frontière est souvent un espace où germent des tensions, où germent des conflits. Tout passe par les frontières. Nous allons impulser cette coopération transfrontalière, favoriser le brassage entre populations qui sont de l’autre côté, qui sont des populations frontalières, même s’ils sont dans différents pays. La coopération transfrontalière a cela de spécifique, qu’elle identifie un centre d’intérêt commun entre deux communes voisines, même s’ils ne sont pas dans le même pays. On a vu beaucoup d’expériences où on gère des barques de transport pour les élèves qui sont transfrontaliers, qui vont dans d’autres écoles, des commerçants qui font des échanges de produits. Donc à la base, nous portons ces projets qui sont gérés conjointement avec des communes qui sont dans des pays différents. Nous voulons développer des activités culturelles pour qu’il y ait le brassage. Nous voulons que ces frontières ne soient plus des espaces qui séparent, mais soient perçus comme des espaces qui réunissent deux pays frères.
Nous avons vu des blocages entre Etats, deux Etats qui ne se parlent pas, mais les communes frontalières communiquent et essaient de trouver des solutions. Et c’est cela que nous allons davantage impulser naturellement.
C’est un chantier immense…
Oui, je pense que les collectivités locales ont cela de spécifique qu’ils ont un développement fonctionnel. On est élu, on est choisi, on représente, on porte la voix des populations. Mais également, nous sommes représentants de l’Etat, nous sommes une partie de l’Etat. Au Sénégal, l’article 107 du code des collectivités locales, c’est le maire qui représente l’exécutif. L’exécutif, c’est l’Etat dans sa circonscription administrative. Donc, c’est une question de répartition des tâches. Je pense qu’on part ensemble, on n’a pas une logique séparée où l’Etat part dans un sens et nous acteurs locaux, nous partons dans un autre sens. On est tous ensemble, dans le même sens, avec une répartition des tâches pour des questions de solidarité qu’on puisse jouer, que chacun joue sa partition. La sécurité macro, ça c’est pour l’Etat, c’est régalien, il n’y a pas de doute.
Mais la question de la collaboration, le brassage des peuples à la base, l’initiation de projets d’insertion, la sensibilisation à la base, un rapport avec l’Etat, l’identification des germes de conflitscommunautaires qui peuvent déboucher sur des confrontations à un niveau, entre des pays ou entre des communautés, ce sont les collectivités territoriales qui sont mieux placées pour pouvoir l’identifier et le prendre en charge en informant et en travaillant avec l’Etat. La collaboration avec l’Etat est incontournable si nous voulons atteindre nos objectifs.
Les maires butent souvent au manque d’écoute du niveau central et cela vous crée des difficultés.
Il y a toujours peut-être une différence d’appréciation entre l’Etat central et l’Etat décentralisé. Et je pense que cela, ce n’est pas incontournable. Il faut continuer à expliquer, il faut continuer à convaincre et là où il y a des blocages institutionnels, ou comme je vous ai dit tout à l’heure, dans des zones où les Etats sont en conflit et ne se parle pas, les communautés locales communiquent. On n’a jamais vu une collectivité territoriale se mobiliser pour aller attaquer une autre collectivité territoriale. On est en phase et on communique. On ne connaît pas ces divergences que l’Etat pourrait rencontrer. On va continuer à traiter pour que l’Etat puisse se rendre compte que nous sommes des leviers importants, des leviers constructeurs de développement local, des leviers constructeurs qui peuvent construire la paix et la sécurité au niveau local. Et si on a la paix, la sécurité au niveau local par notre approche communautaire, c’est l’Etat qui en tire le profit. Donc, même s’il y a des fois une insuffisance d’écoute je pense que par l’appréciation et par les résultats, nous finirons à construire un partenariat très équilibré. Parlons de votre agenda de agenda, vous avez parlé des défis qui vous attendez. Voulez-vous nous en parler ?
Je pense qu’aujourd’hui beaucoup d’outils s’offrent aux collectivités territoriales. Le premier outil, c’est l’appui financier de l’Etat qui est un outil de base qui nous permet d’avoir un minimum de fonctionnement, même si nous continuons quand même à réclamer de manière très forte le renforcement des subventions et le financement destiné aux collectivités territoriales. Nous continuons à plaider dans ce sens-là et nous pensons que plus on renforce la capacité financière des qualités territoriales, plus on va plus vite dans le processus de développement économique, social et culturel. Il y a beaucoup de leviers qui sont aujourd’hui disponibles au niveau des collectivités territoriales dans le cadre de la coopération avec les institutions de financement telles que l’Union Européenne, il y a des guichets, il y a le travail avec certaines ONG au niveau local. Sur les questions environnementales, il y a beaucoup de possibilités qui sont offertes aux collectivités territoriales. C’est en nous appuyant sur ces leviers qu’on parviendra à avoir des outils nécessaires à impulser un développement local durable. Puisque le développement, il sera il ne le sera pas. Et je pense qu’effectivement, c’est une vérité absolue.
Les élus locaux de plus en plus prennent conscience de cela et nous travaillons en tant que faîtière à sensibiliser les collectivités territoriales, à mettre à leur disposition les outils qu’ils pouvaient utiliser pour qu’on s’achemine vers des questions de développement local
Un rendez-vous important est en vue prochainement à Dakar, quel est ce chantier ?
Oui, nous avons deux événements majeurs, est dans le cadre du gouvernement local d’Afrique. Nous préparons l’Assemblée générale du REFELA (le réseau des femmes élues d’Afrique) qui pourrait se tenir, si nous confirmons avec les autorités dans six semaines environ. Cela nous permet de faire cette Assemblée générale importante pour pouvoir identifier et adresser ce que les femmes africaines peuvent contribuer pour relever les défis qui interpellent notre continent.
Il faut que cette Assemblée générale puisse identifier ce que les femmes pourraient apporter. Et identifier également les goulots d’étranglement qui empêchent aux femmes de pouvoir apporter toute la contribution qu’elles devaient apporter. On est en train de travailler avec les autorités administratives de l’État autour de ce thème important, puisque je pense que c’est une rencontre importante. Et parallèlement à cette rencontre, il y a la réunion du comité exécutif de CGLUA qui va se tenir également à Dakar. Il y a quinze pays qui sont membres du comité exécutif et on va en profiter pour rencontrer les autorités. Notre ministre de tutelle, M. Moussa Balla Fofana, mais également, Son Excellence, Monsieur le Président de la République, pour porter un certain plaidoyer relatif au renforcement naturellement de la décentralisation, pour la ratification de la charte de la décentralisation, et d’autres questions relatives au conseil des élus territoriaux qui est porté par le Sénégal. Donc, on aura l’occasion porter toutes ces questions et de décliner un plan d’actions.


