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Entretien avec le Professeur Abdou Niang Néphrologue -Maladie des reins:

« Elle va passer de la 11e cause de mortalité à la 5e cause de mortalité d'ici 2030 »

L’insuffisance rénale chronique fait très souvent peur à ceux qui ne la connaissent pas. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’entre le début ou le diagnostic de la maladie et le moment où la maladie arrive au stade terminal, on peut vivre plus de 50 ans.

C’est pour cela que l’on dit que la maladie rénale est un tueur silencieux.  Mais, même lorsqu’on a fini de détruire ses reins et qu’on commence la dialyse,  on peut vivre plus de 40 ans en dialyse.  Celui à qui on donne un rein qui est greffé peut vivre plus de 40 ans. Cela veut dire que les possibilités de survie sont extraordinaires dans cette maladie. Mais, il faut de la compatibilité.

Aujourd’hui, la médecine progresse de telle sorte qu’on est en train de franchir un autre pas qui est extraordinaire.

On parle maintenant des zéno transplantations. On a vu maintenant des patients aux Etats-Unis qui ont reçu un rein d’un animal : un porc.

La recherche est en train de progresser et peut-être que d’ici quelques décennies, on n’aura plus besoin de l’organe humain,  mais on va utiliser l’organe animal.

PARCOURS DU COMBATTANT

Quand on a commencé au Sénégal à traiter les malades de dialyse, c’était un parcours du combattant. Il faut savoir que jusqu’en 2000, il n’y avait qu’un seul centre de dialyse avec sept ( 7)machines pour 10 millions d’habitants. Et je me rappelle, l’hebdomadaire la Gazette, avait vraiment titré dans un de ses numéros  « nous avons 10 machines pour 10 millions d’habitants, nous sommes tous en danger. » C’était la réalité.

Avec la sensibilisation et l’information, on a mieux connu cette maladie. Grâce à ce plaidoyer,  les autorités aussi ont été mieux informées. C’est avec le premier ministre Souleymane Ndendé Ndiaye, que l’on a inscrit le premier milliard dans le budget de l’État du Sénégal. Ceci a permis de décentraliser la dialyse. On a mis en place le centre de Saint-Louis, de Tambacounda, de Kaolack. C’était en 2010.   Au fur et à mesure, nous avons fait des pas, mais le problème, c’est que la progression de la maladie est tellement rapide que tout ce que vous faites,  c’est comme si vous jetez une goutte d’eau dans la mer.

C’est la transition épidémiologique qui nous a permis de positionner les maladies des reins parmi les maladies prioritaires. L’insuffisance rénale est la maladie qui croît le plus rapidement dans le monde au cours de ces 20 dernières années. Elle va passer de la 11e cause de mortalité à la 5e cause de mortalité d’ici 2030.  Sa progression est fulgurante, sans commune mesure avec aucune autre maladie.

maladies à soins coûteux

Pendant longtemps, on faisait face à ce qu’on appelle les maladies transmissibles, les maladies infectieuses.  C’était le paludisme,

l’infection à VIH et puis, avec la transition épidémiologique,  non seulement on n’a pas fini d’éliminer ces maladies infectieuses,  mais maintenant, on fait face aux maladies chroniques non transmissibles : c’est le diabète, c’est l’hypertension artérielle,  ce sont les cancers, les maladies respiratoires chroniques,  c’est l’insuffisance rénale. Toutes les maladies cardiovasculaires-là sont pratiquement toutes pourvoyeuses de maladies rénales.

Les maladies rénales sont non seulement chroniques non transmissible, mais elles font partie de ce qu’on appelle les maladies à soins coûteux avec le cancer.  Une vie d’une année en Dialyse coûte 12 millions de francs CFA.  Donc, si vous vivez 12 ans, ça coûte 120 millions de francs CFA.

Alors, aujourd’hui, nous savons que nos États ont des difficultés pour faire face. Le Sénégal dépense 6 milliards de francs CFA chaque année,  mais malheureusement, on ne parvient à soigner que 1 000 malades avec cela, alors que chaque année, nous avons 1 000 nouveaux malades qui arrivent au stade de dialyse qui nous tombent entre les mains. Si on devait prendre tous ses malades, c’est pourquoi, nous devons utiliser l’autre arme qu’est la prévention et le dépistage précoce. Les malades (7:19) ne tombent pas en insuffisance rénale brutalement.  Ils ont des maladies qu’on a identifiées, qu’on peut soigner et ceci nous permet de prévenir une insuffisance rénale.  On sait qu’aujourd’hui que si vous avez 10 malades qui sont en Dialyse,  les 6 voire les 7 sont là parce qu’ils ont une hypertension artérielle

qui n’est pas bien traitée, un diabète qui n’est pas bien traité, ou ils ont pris des médicaments traditionnels.

Les médicaments traditionnels sont un fléau. L’intoxication à ces produits dont on ne maîtrise pas les toxicités peut causer des maladies graves et je ne parle pas des autres causes. (8:01) Cela veut dire que si demain,  nous faisons une campagne de sensibilisation envers les populations,  si nous faisons le dépistage précoce de ces maladies, mais si nous subventionnons aussi les traitements pour ces maladies-là, pouvons sauver énormément de malades. C’est cette stratégie qu’on doit porter au niveau le plus élevé ainsi pour nous pourrions réduire de manière drastique l’incidence de l’infection rénale chronique.

 

12 mars célébration de la Journée mondiale du Rein

 

A l’instar des autres pays du monde, le 12 mars, on va célébrer la Journée mondiale du Rein. Cette Journée mondiale arrive dans un contexte extraordinaire parce qu’en 2005, pour la première fois,  l’Organisation mondiale de la Santé a voté une résolution internationale pour mettre les maladies rénales au rang de priorité mondiale et imposer à tous les États d’avoir une politique bien définie de prévention et de traitement de l’incidence rénale. Cette résolution a été votée, lors de la dernière assemblée générale des Nations Unies. Maintenant, les résolutions sont bonnes mais il faut passer aux actes, il faut avoir des feuilles de route pour pouvoir vraiment impacter sur l’incidence de cette maladie dans le monde.

Nous avons une insuffisance aussi bien sur les ressources humaines qu’au plan des infrastructures.  Par rapport aux ressources humaines, nous avons fait des pas,  parce qu’en 2010, il n’y avait que trois néphrologues au Sénégal, aujourd’hui, nous sommes plus de cinquante parce que nous avons ouvert à l’Université Cheikh Anta-Diop de Dakar une filière de formation de néphrologues qui nous a permis de former plus de 200 néphrologues. Ils venaient de 20 pays d’Afrique francophone,  dont une cinquantaine de Sénégalais.  Il faut savoir même que nous avons formé plus de néphrologues marocains que de néphrologues sénégalais dans ces 200-là, cela veut dire qu’il nous faudra faire des efforts sur le plan de la formation, mettre plus de moyens pour que plus de Sénégalais puissent être formés dans ce domaine-là.

En termes d’infrastructures aussi, nous prenons comme repère 2010, où nous n’avions que trois ( 3) centres de dialyse. Aujourd’hui, nous sommes à 27 centres de dialyse dans les 14 régions du Sénégal.  Cela veut dire que dans chaque région du Sénégal,  il y a au moins un (1) centre de dialyse et un néphrologue.

Mais malheureusement,  c’est comme une goutte d’eau dans la mer par rapport aux besoins. Aujourd’hui, nous avons au Sénégal moins de 3 néphrologues par million d’habitants,  comme dans la plupart des pays africains.  Si je vous donne une comparaison,  quand vous allez dans les pays d’Europe,  c’est une moyenne de 30 néphrologues par million d’habitants. Tout cela fait que sur dix ( 10 ) malades qui ont besoin de dialyse au Sénégal, il n’y a qu’un qui aura accès. les neuf vont mourir.

Appel à la solidarité

L’État a des moyens limités.

Nous avons des Sénégalais capables d’impacter sur cette lutte.  Au Maroc, j’ai vu des associations de soutien aux hôpitaux construire des centres de dialyse,  les équiper et les mettre à la disposition de l’État.  Ce qui fait que vers les années 2000-2005,  60% des malades qui étaient dialysés au Maroc étaient pris en charge par ces associations.

(13:24) Au Sénégal,  nous avons quelqu’un,  Abdoulaye Sylla,  PDG de Ecotra pour ne pas le nommer, a construit un centre de dialyse en dépensant 600 millions de FCFA

Il offre tous ces émoluments de députés au  centre de dialys. Le centre va être le plus grand centre en Afrique de l’Ouest avec 44 positions.  Il n’y a aucun centre qui faisait plus de 20 positions.

Imaginez que d’autres personnes qui ont les moyens au Sénégal s’engagent également avec l’État.

 

 

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