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Des milliers de journalistes fuient la répression politique : le cri d’alarme de l’ONU

Les dernières années ont vu un exode massif de journalistes quittant leur pays d’origine pour échapper à la répression politique, sauver leur vie et fuir les conflits. Irene Khan, enquêteuse de l’ONU, a souligné mercredi dans un rapport présenté à l’Assemblée générale de l’ONU les vulnérabilités persistantes auxquelles sont confrontés ces journalistes en exil, incluant des menaces physiques, numériques et juridiques.

Irene Khan a indiqué que le nombre de journalistes en exil a considérablement augmenté, une conséquence directe de la réduction de l’espace pour les médias indépendants et critiques dans de nombreux pays. « Aujourd’hui, les médias libres, indépendants et diversifiés sont soit absents, soit fortement limités dans plus d’un tiers des pays du monde, où vivent plus des deux tiers de la population mondiale », a-t-elle déclaré.

Khan, avocate bangladaise et ancienne secrétaire générale d’Amnesty International, a souligné que la plupart des journalistes en exil quittent leur pays afin de pouvoir enquêter et rendre compte librement, sans crainte ni favoritisme. Cependant, une fois en exil, ces journalistes se retrouvent souvent dans une situation précaire, confrontés à des menaces contre eux et leur famille restée au pays, sans statut juridique assuré ni soutien adéquat dans leur pays d’accueil.

Khan a mentionné qu’il existe des protections juridiques internationales pour les journalistes en exil, qu’il s’agisse de reporters professionnels ou de blogueurs. Toutefois, le problème majeur réside dans le non-respect des obligations internationales par les États.

Récemment, des centaines de journalistes ont fui des pays tels que l’Afghanistan, la Biélorussie, la Chine, l’Éthiopie, l’Iran, le Myanmar, le Nicaragua, la Russie, le Soudan, la Somalie, la Turquie et l’Ukraine. De plus, des journalistes de pays comme le Burundi, le Guatemala, l’Inde, le Pakistan et le Tadjikistan ont également cherché refuge à l’étranger.

Mme Khan a exprimé des préoccupations quant à la répression transnationale, citant des cas de surveillance numérique, d’enlèvements et de menaces physiques contre des journalistes en exil. Elle a évoqué l’assassinat de Jamal Khashoggi dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul en 2018 comme un exemple flagrant de cette répression.

Les enlèvements extraterritoriaux et le retour forcé de ressortissants turcs, y compris des journalistes, ainsi que le ciblage de journalistes iraniens par Téhéran, sont d’autres exemples notables. Les menaces de mort et les attaques numériques, y compris l’utilisation de logiciels espions comme Pegasus, exacerbent les risques pour ces journalistes.

Khan a également mentionné les menaces juridiques auxquelles sont confrontés les journalistes en exil, notamment les enquêtes, poursuites et condamnations par contumace, ainsi que les tentatives d’extradition basées sur des accusations fabriquées. La loi sur la sécurité nationale récemment adoptée par Hong Kong et les lois russes sévères après l’invasion de l’Ukraine en février 2022 illustrent cette tendance.

Pour conclure, Mme Khan a exhorté les pays d’accueil à fournir des visas et des permis de travail aux journalistes en exil. Elle a également appelé à une meilleure protection contre les attaques physiques et numériques, ainsi qu’à un soutien à long terme de la part de la société civile et des groupes de défense de la liberté de la presse. Les entreprises technologiques doivent également veiller à ce que leurs produits ne soient pas utilisés comme des armes contre les journalistes.

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