Massacre en Haïti : Les témoignages émouvants des survivants

Haïti traverse une période de deuil après les terribles événements survenus jeudi dernier, où des gangs armés ont attaqué la localité de Pont-Sondé, faisant au moins 70 morts et de nombreux blessés. Ce massacre a choqué la nation, exacerbant la crise de sécurité déjà critique dans le pays.
Mardi, des funérailles ont été célébrées pour l’une des victimes, Jean Louis Jeune Gracien, âgé de 41 ans. La cérémonie, bien que sobre, était empreinte d’émotion, avec la présence de son fils de 14 ans, de sa femme Ovenia Joaunis, et d’autres proches. Cette perte illustre la tragédie personnelle que vivent de nombreuses familles haïtiennes face à la violence persistante des gangs.
Les récits des survivants révèlent l’horreur de l’attaque. Elvens François, l’oncle de Gracien, se souvient de cette nuit fatidique. Armé de courage, il tentait de fuir lorsque des hommes armés l’ont encerclé. En larmes, il témoigne : « Ils m’ont attaqué, m’ont coincé et m’ont tout pris. Je ne sais pas pourquoi j’ai été épargné. »
Un autre survivant, identifié seulement comme Jacques, a décrit les gangs tirant sur les habitants depuis une ancienne usine. « L’État est responsable. S’il avait envoyé des chars armés pour sécuriser la population, les gens ne seraient pas morts comme ça », a-t-il déclaré, mettant en lumière le sentiment d’abandon ressenti par les citoyens face à la montée de la violence.
La frustration face à la réponse du gouvernement est palpable. Plusieurs habitants de Pont-Sondé ont accusé le gouvernement d’être complice de cette violence. Le Réseau national de défense des droits de l’homme d’Haïti a rapporté que l’attaque du gang Gran Grif a été provoquée par les efforts d’autodéfense de la communauté, qui tentaient de limiter les activités illégales du gang, notamment un péage routier récemment établi.
Pont-Sondé, qui était autrefois une communauté dynamique près du fleuve Artibonite, est désormais méconnaissable. Les rues, autrefois animées, sont vides, les maisons sont cadenassées, et les murs portent les cicatrices de la violence. Frantz Baptism, un agent de sécurité, a collecté des douilles de balles sur les lieux et témoigne de la peur omniprésente : « Nous avons vu des corps partout, un mort ici, deux morts de l’autre côté. »
Romain Le Cour, expert sur Haïti, a qualifié l’attaque de Pont-Sondé de « massacre le plus terrifiant depuis des décennies en Haïti ». Les violences qui autrefois étaient concentrées à Port-au-Prince s’étendent désormais aux régions rurales, témoignant d’une crise sécuritaire sans précédent. Environ 80 % de la capitale est contrôlée par des gangs, et la situation est exacerbée par l’intervention de la police kenyane, qui fait face à des défis financiers et de personnel dans sa mission de maintien de la paix soutenue par les Nations unies.

