TRIAL International : Un ex-ministre Gambien condamné à 20 ans de prison en Suisse
La plus haute cour pénale de Suisse a condamné mercredi Ousman Sonko, ancien ministre de l’Intérieur de la Gambie, à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité. Cette décision historique fait suite à son rôle central dans la répression brutale menée par les forces de sécurité sous le régime de Yahya Jammeh, dictateur de longue date en Gambie, a annoncé TRIAL International sur la plateforme de médias sociaux X.
Un Procès Sous le Signe de la Compétence Universelle
Le procès, qui a débuté en janvier, a été salué par les groupes de défense des droits de l’homme comme une avancée significative pour la justice internationale. Il s’est déroulé en vertu de la « compétence universelle », un principe juridique permettant de juger les auteurs de crimes graves indépendamment du lieu où ils ont été commis. Le verdict a été prononcé par le tribunal pénal fédéral suisse de Bellinzone, dans le sud du pays.
Ousman Sonko, ministre de l’Intérieur de la Gambie de 2006 à 2016, a été reconnu coupable d’homicide, de torture et de séquestration en tant que crimes contre l’humanité. Selon l’acte d’accusation, Sonko a activement soutenu et participé à des attaques contre des opposants politiques, comprenant des meurtres, des tortures, des viols et des détentions illégales. Les accusations de viol portées contre lui ont cependant été abandonnées.
Benoit Meystre, conseiller juridique de TRIAL International, a assisté à la procédure et a déclaré que Sonko n’a guère réagi à la lecture du verdict. Madi MK Ceesay, journaliste et ancien détenu sous les ordres de Sonko, a exprimé sa satisfaction, estimant que ce verdict envoie un signal fort à Yahya Jammeh, toujours en exil en Guinée équatoriale. « Ce procès démontre que, quoi qu’il arrive, le long bras de la justice peut toujours rattraper le coupable », a-t-il déclaré à l’Associated Press.
Reed Brody, avocat spécialisé dans les droits de l’homme, a qualifié cette condamnation de « décisive » pour les victimes de Jammeh. Il espère que le long bras de la loi finira par rattraper Jammeh lui-même. Philip Grant, directeur exécutif de TRIAL International, a souligné l’importance de ce procès comme étant celui de l’ancien fonctionnaire le plus haut placé jugé en Europe sous le principe de la compétence universelle.
Sonko, ayant rejoint l’armée gambienne en 1988, a occupé plusieurs postes de haut niveau, notamment celui de commandant de la Garde d’État et d’inspecteur général de la police avant d’être nommé ministre de l’Intérieur. Il a été démis de ses fonctions en septembre 2016, peu avant la chute du régime de Jammeh. Après avoir demandé l’asile en Suisse en novembre 2016, il a été arrêté deux mois plus tard.
Le verdict contre Ousman Sonko marque une étape importante dans la lutte contre l’impunité pour les crimes commis par des hauts responsables gouvernementaux. Amnesty Suisse a salué cette décision sur X, affirmant que les victimes et leurs familles obtiennent enfin justice.

