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ECO – Abdourahmane Sarr: « Adopter le nom ne change rien puisque la parité reste fixe et garantie par la France »

Le retour du projet d’adoption de l’ECO par les pays de l’UEMOA ravive le débat sur l’avenir de la monnaie ouest-africaine. Dans une publication sur son compte X visité par Senego, Abdourahmane Sarr, président du CEFDEL et ancien ministre de l’Économie, estime que le simple changement de nom du franc CFA ne résoudra pas les problèmes de fond liés au système monétaire actuel.

Pour l’ancien économiste du Fonds monétaire international (FMI), la question centrale demeure inchangée : la parité fixe de la monnaie avec l’euro et la garantie de convertibilité assurée par la France.

« Adopter le nom ne change rien puisque la parité reste fixe et garantie par la France, le principal problème », affirme-t-il.

Une position inchangée depuis 2019

Abdourahmane Sarr rappelle que sa position est restée constante depuis 2019. À l’époque déjà, il défendait la création d’un ECO propre à l’UEMOA, estimant que cette union monétaire, qu’il qualifie de « bloc homogène aux fondamentaux solides », pouvait évoluer vers davantage de souveraineté.

Selon lui, cette monnaie pourrait progressivement abandonner la garantie française à condition de doter la Banque centrale d’une véritable indépendance, d’une autonomie dans la gestion du taux de change et d’une gouvernance renforcée à travers un collège de gouverneurs.

Pour l’ancien ministre, une telle évolution permettrait à l’UEMOA de gérer elle-même sa politique monétaire sans dépendre d’un garant extérieur.

Le Nigeria et le Ghana invités à ne pas bloquer le processus

Dans son analyse, Abdourahmane Sarr revient également sur la place des autres pays de la CEDEAO, notamment le Nigeria et le Ghana.

Il soutient que ces deux grandes économies ne devraient pas s’opposer à l’utilisation du nom ECO par les pays de l’UEMOA. Selon lui, leur intégration immédiate risquerait d’altérer les équilibres macroéconomiques de l’union, notamment en matière de dette, d’inflation, de déficit budgétaire et de réserves de change.

À ses yeux, l’élargissement prématuré de l’union compromettrait les conditions nécessaires à une future flexibilisation de la monnaie et à la disparition de la garantie française.

Le rappel de son analyse de 2019

L’ancien ministre rappelle également les conclusions qu’il avait publiées en décembre 2019, après l’annonce du remplacement du franc CFA par l’ECO.

À l’époque, il avait salué la suppression de la centralisation d’une partie des réserves de change au Trésor français ainsi que le retrait des représentants français des organes de gouvernance de la BCEAO, tout en considérant qu’il ne s’agissait que d’une « victoire d’étape ».

Il estimait déjà que le véritable enjeu était la transformation du régime de change.

Selon lui, la prochaine étape devait être la mise en place d’un ECO flexible, piloté par une BCEAO pleinement autonome et protégée contre les pressions politiques susceptibles de conduire au financement monétaire des déficits publics.

Une vision fondée sur la souveraineté économique

Abdourahmane Sarr défend une réforme monétaire qu’il juge indispensable pour renforcer la résilience des économies ouest-africaines.

Il plaide en faveur d’un régime de change plus flexible, qu’il considère comme un levier pour absorber les chocs extérieurs, favoriser la diversification économique, renforcer l’inclusion financière et permettre aux pays de l’Union de disposer d’une politique monétaire davantage adaptée à leurs réalités.

À travers cette nouvelle prise de position, l’ancien ministre réaffirme une ligne qu’il défend depuis plusieurs années : pour lui, le changement de nom du franc CFA en ECO ne constituera une véritable rupture que s’il s’accompagne d’une pleine souveraineté monétaire et de la fin de la garantie de convertibilité assurée par la France.

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