Témoignage d’un migrant à Ceuta : « Les gens de Ceuta m’ont frappé avec un club de golf »
Samedi soir, des dizaines de migrants continuaient de quitter l’enclave espagnole de Ceuta pour regagner le Maroc, après une semaine d’afflux sans précédent qui a vu près de 50 000 personnes franchir illégalement la frontière.
À leur sortie du territoire, des autocars les attendent pour les rapatrier vers différentes villes du royaume. Un jeune homme, visiblement soulagé, annonce qu’il rentre chez lui à Tanger. Mais les corps portent les stigmates des violences subies ces derniers jours. L’un d’eux montre une ecchymose sur l’épaule. « C’est la blessure laissée par un club de golf. Ce sont les gens de Ceuta qui m’ont fait ça », raconte-t-il, amer.
Parmi les témoins, Ilham, une vacancière originaire de Toulouse, dit avoir assisté à des scènes choquantes. « L’armée espagnole a regroupé des enfants pour les faire revenir au Maroc. Je les ai vus les frapper », affirme-t-elle. Mustapha, 17 ans, décrit quant à lui de véritables chasses à l’homme. Il explique avoir dû se réfugier en forêt pour échapper aux militaires et à des habitants de Ceuta. « Cette violence nous a atteints psychologiquement. C’est pour ça qu’on a quitté cet endroit », confie-t-il.
Cette vague migratoire historique, l’une des plus importantes jamais enregistrées dans l’enclave, a été déclenchée par une rumeur virale sur les réseaux sociaux assurant que la frontière était ouverte. Des milliers de personnes s’étaient alors ruées vers Ceuta, à la nage ou cachées dans des véhicules, sans que les forces de l’ordre marocaines ne déploient un dispositif exceptionnel pour les arrêter.
Le bilan humain est lourd. Selon le président de la ville autonome, Juan Vivas, la crise a fait 34 morts. Environ 60 000 migrants seraient entrés dans l’enclave, soit près de 70 % de sa population. Les témoignages recueillis par Exclusif révèlent des violences qui ont poussé de nombreux candidats à l’Europe à rebrousser chemin. Ce samedi soir, les retours se poursuivaient au rythme de quelques dizaines de personnes par demi-heure.


